Suite n° 3, BWV 1068
L’Air que l’on reconnaît partout n’est pas, à l’origine, une pièce isolée. C’est le deuxième mouvement de la Suite orchestrale n° 3 en ré majeur, BWV 1068, de Jean-Sébastien Bach. Autour de lui, une ouverture à la française, des gavottes, une bourrée, une gigue — des danses. L’Air, lui, n’en est pas une. C’est une ligne, presque une voix.
Bach retire ici trompettes, timbales et hautbois. Restent les cordes et le continuo. La phrase avance sans effet, dans une forme binaire : elle s’ouvre, elle s’éloigne, elle ne revient pas vraiment sur elle-même. C’est cette simplicité qui a traversé les siècles.
Une ligne suspendue
En 1871, le violoniste August Wilhelmj transpose l’Air et le joue tout entier sur la corde de sol. L’arrangement — plus grave, plus sombre que le ré majeur de Bach — devient l’Air sur la corde de sol. C’est sous ce nom que le public l’a adopté.
À la trompette, la pièce demande le souffle autant que le son : la tenue du médium, le début de chaque phrase, le silence entre les notes. Dans une nef de cent douze mètres, la résonance prend le relais de l’orchestre. L’Air n’a plus besoin de cordes : le lieu les porte.