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Nord · Hauts-de-France

Collégiale Saint-Pierre de Douai
Air

Lieu · Collégiale Mélodie · Jean-Sébastien Bach

À Douai, la collégiale Saint-Pierre accueille l’Air de Bach — une ligne longue, presque suspendue, portée par la trompette dans la plus vaste nef du Nord.

Style Classique
Nef 112 mètres
Clocher 1513 · 1687
Orgue 69 jeux

Un mot de l’interprète sera publié ici.

Collégiale Saint-Pierre de Douai

Les origines

L’édifice est dédié à saint Pierre. Douai est l’une des rares villes à avoir eu deux collégiales : Saint-Pierre, sur la rive droite de la Scarpe, et Saint-Amé. Une première église existait dès le IXe siècle. Un autre bâtiment la remplace au XIe. En 1248, Pierre Honoric y ajoute la chapelle Magdeleine. L’église paroissiale est érigée en collégiale, sans doute en 1113, par le comte de Flandre Baudouin VII, dit à la Hache. Elle a alors sous sa juridiction l’ensemble des paroisses de la rive droite.

Construction et architecture

L’église médiévale menace ruine. Interdite au culte, elle est démolie en 1734. Le Parlement de Flandre, fixé à Douai depuis 1714, se sert de Saint-Pierre pour les cérémonies officielles : la reconstruction ne tarde pas. Elle est suivie de près par le président Charles-Joseph de Pollinchove. L’architecte de la ville, Antoine-Joseph Lefebvre, dresse les plans — certaines sources les attribuent à Brissy, de Bruxelles. Le nouvel édifice, ouvert au culte le 26 juillet 1750, est une croix latine à trois nefs, avec un transept arrondi et une chapelle axiale coiffée d’un dôme. Cent douze mètres dans œuvre, quarante-deux de large, vingt-cinq sous les voûtes — vingt-sept sous la rotonde. C’est la plus longue église au nord de Paris. Le style allie le gothique flamand du clocher au classicisme du XVIIIe siècle. Mobilier, chaire, autels et grilles datent de cette campagne. Sous l’autel de la coupole, une chasse en argent doré du XIIIe siècle.

Le clocher séparé

La tour carrée est commencée en 1513 et achevée en 1687, d’abord gothique, puis classique. Sur le pilier qui reçoit les arcades, on lit 1518. Elle résiste aux sièges de Douai, en 1710 et 1712. La flèche prévue ne sera jamais élevée. C’est ce clocher isolé qui donne son nom à la rue. À la Révolution, les six cloches sont déposées. Le XIXe siècle voit la tour se dégrader ; le couronnement est refait en 1904-1905 : balustrade classique, clochetons, vases Médicis. En 1917, l’occupation allemande emporte à nouveau les cloches. Trois seront refondues dans les années 1920 par les établissements Wauthy, à Sin-le-Noble.

L’orgue d’Anchin

Le buffet monumental vient de l’abbaye d’Anchin. L’instrument y est construit en 1732 par Cornil Cacheux, d’Arras. Antoine Gilis, de Valenciennes, sculpte le buffet en 1760 — David et sainte Cécile. En 1792, l’orgue est transféré à Saint-Pierre. En 1917, les troupes allemandes pillent Douai : les tuyaux sont démontés, les mécanismes brisés. Seul le buffet survit. En 1922, la ville installe dans cette rampe un Cavaillé-Coll / Mutin : un instrument de 1910-1914 destiné au Conservatoire de Saint-Pétersbourg, jamais livré à cause de la guerre puis de la Révolution russe. Quatre claviers, soixante-neuf jeux, plus de quatre mille tuyaux. Classé Monument historique en 2002, c’est l’un des derniers grands orgues du style symphonique français.

Temple, classement, restauration

Pendant la Révolution, la collégiale sert au culte de l’Être suprême et de la déesse Raison. Elle est rendue au culte catholique avec le Concordat de 1802. Au XIXe siècle, elle s’enrichit d’œuvres venues des abbayes fermées de la région. Classée Monument historique le 21 février 1974, elle est restaurée de 2009 à 2019 sous la direction de Vincent Brunelle, architecte en chef des monuments historiques : tuiles, poutres, clocher, maçonnerie. L’achèvement est inauguré le 22 juin 2019. Aujourd’hui, cette nef de cent douze mètres raconte Douai tout entier : le chapitre des chanoines, le Parlement de Flandre, les cloches fondues, et le souffle d’un orgue qui a traversé l’Europe pour s’arrêter ici.

Air · Jean-Sébastien Bach

Suite n° 3, BWV 1068

L’Air que l’on reconnaît partout n’est pas, à l’origine, une pièce isolée. C’est le deuxième mouvement de la Suite orchestrale n° 3 en ré majeur, BWV 1068, de Jean-Sébastien Bach. Autour de lui, une ouverture à la française, des gavottes, une bourrée, une gigue — des danses. L’Air, lui, n’en est pas une. C’est une ligne, presque une voix. Bach retire ici trompettes, timbales et hautbois. Restent les cordes et le continuo. La phrase avance sans effet, dans une forme binaire : elle s’ouvre, elle s’éloigne, elle ne revient pas vraiment sur elle-même. C’est cette simplicité qui a traversé les siècles.

Une ligne suspendue

En 1871, le violoniste August Wilhelmj transpose l’Air et le joue tout entier sur la corde de sol. L’arrangement — plus grave, plus sombre que le ré majeur de Bach — devient l’Air sur la corde de sol. C’est sous ce nom que le public l’a adopté. À la trompette, la pièce demande le souffle autant que le son : la tenue du médium, le début de chaque phrase, le silence entre les notes. Dans une nef de cent douze mètres, la résonance prend le relais de l’orchestre. L’Air n’a plus besoin de cordes : le lieu les porte.

Pierres, lumière, silence

Photographies : JackyM59 (façade), Velvet (nef et orgue) et Peter Potrowl (intérieur) — Wikimedia Commons, licences CC BY-SA.

Les textes de cette page

Les descriptifs du lieu et de la mélodie s’appuient sur les notices et publications ci-dessous. Les faits ont été recoupés ; la formulation est originale.